N'hésitez pas à lire la présentation de Mme Vx. au 24/01/2013

 

Elle semblait si minuscule lorsqu’elle m’apparut ce jeudi-là. En cette fin de matinée, juste entre la distribution de l’apéritif et le repas, en cet intervalle si frénétique d'ordinaire, un silence se fit lorsqu’elle passa la porte d’entrée. Visage fermé, ride du lion bien marquée, ses yeux étaient d’une noirceur sans égal, ses traits tout simplement tirés, tout simplement fâchés.

Oui, elle semblait bien petite, devant la double porte vitrée, figée, en appui sur sa canne, encadrée par deux... imposants agents de police. Gilet pare-balles sur le dos, menottes à la ceinture et bottines bien ficelées, ces deux grands gaillards bien campés sur leurs jambes, le dos droit et les mains croisées sur la boucle de leur ceinturon, dégageaient une étonnante impression  de puissance et de self-control. 

Sa petite taille à elle soulignait une fragilité, démentie par son regard obscur, porteur d'une détermination et d'un mécontentement tels qu'on le devinait aussitôt : les policiers avaient eu du fil à retordre avec elle.

- Bonjour, Mme Vx fait elle bien partie de vos pensionnaires ? 

- Tout à fait ! S’est-elle égarée dans le quartier ? 

La réponse fusa :

- Pas du tout ! Madame Vx. a essayé de dévaliser un magasin de vêtements et elle s’est fait prendre. N’est-ce pas Madame Vx.  ?

- Ce n’est pas vrai ! fulmina la vieille dame. J’allais payer !

Impassible, immobile, le regard droit devant, l’agent ne perdait pas son sang froid :

- Cela me paraît fort étonnant, Madame, étant donné que les vêtement étaient bien enfouis au fond de votre sac… tirette fermée.

- Oui, ben, c’est pas de ma faute, hein !

- Ah ! Mais ce n’est pas de ma faute non plus, Madame !

- J’ai 63 ans et c’est le première fois que ça m’arrive. Je dépends du CPAS, vous savez, et je n’ai que 20 euros par semaines d’argent de poche. Vous savez vivre avec 20 euros vous ?

Maintenant, elle criait.

- On récolte ce que l’on sème, chère Madame !

- Oui, ben, c’est pas de ma faute à moi ! Ca peut arriver à tout le monde de voler !

- Non Madame, ça ne peut pas !

L'homme répondait d’une voix monocorde, sans sourciller ou montrer le moindre signe d’un quelconque sentiment. Il était impressionnant de calme et de self- control.

- Si si, ça peut vous arriver à vous aussi !

- Non Madame, ça ne peut pas !

- Si, vous n’en savez rien ! Peut être que ça vous arrivera, insista t’elle.

- Non Madame, ça ne m’arrivera pas ! Je puis vous l’assurer, Madame 

Renfrognée et vaincue, Mme Vx se tut enfin et resta silencieuse tout le temps que dura l’encodage de ses données administratives pour l’établissement du PV, assise sur sa chaise, toujours encadrée par ses deux gardes du corps. Son visage ne se détendait pas, son regard reflétait sa colère.

Lorsque les agents quittèrent la Résidence, elle s’éclipsa à une vitesse totalement surprenante vu sa branlante démarche ordinaire, Le temps pour moi de faire le code afin d'ouvrir la porte aux policiers, elle avait disparu.

Le lendemain, lorsqu’elle réapparut à la porte de mon bureau pour demander ses cigarettes, elle était détendue, souriante, calmée.

Elle ne me parla plus jamais de l'incident.

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