aide-soignante

Il n’y a pas métier plus difficile en maison de repos que celui des aides-soignantes.

Chaque poste requière une charge de travail important mais, il faut avouer, que les aides-soignantes, non seulement ont beaucoup de travail, non seulement ont un job « physique » … mais celui-ci n’est, somme toute, pas le boulot le plus agréable à accomplir.  Elles sont confrontées, tout au long de leur journée, aux pires désagréments que peut occasionner la maladie. Voici un petit aperçu d’une journée dite « standard ».

Les aides-soignantes.

Toute la journée, elles sont debout. Derrière un chariot de linge, un chariot de soin ou un chariot de repas.

Toute la journée, elles sont penchées. Au-dessus d’un lit, d’un évier, d’un fauteuil ou d’une table.

Toute la journée, elles portent et soulèvent les résidents. Du lit à la chaise. De la chaise au fauteuil, et du fauteuil au lit.

Tout en essayant de garder le sourire.

Elles commencent la journée par monter les petits déjeuners et les distribuent dans chaque chambre. Ensuite vient le réveil des résidents.

Elles les installent à table ou leur donnent à manger au lit. Un peu de café, un peu de pain, un peu de confiture, un peu de pain à la confiture, trempé dans le café.

Puis elles les lavent. Partiellement ou totalement. Debout dans la salle de bain, ou couchés dans leur lit.

Elles les changent. Une petite protection ou un lange complet. On retire le précédent, et on se bouche le nez.

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Les habillent. Un simple coup de main, ou un habillage total.

Pas oublier de mettre le dentier, de brosser les cheveux, de couper les ongles.

Eau de cologne, gouttes dans les yeux, crème sur les mains, appareil auditif ou bas de contention, il ne faut rien oublier !

Mme Z. veut son petit coussin derrière son dos, Mme Y. ses pieds surélevés.

Mr T. préfèrent la peine ombre alors que Mme X. désire regarder les enfants jouer par la fenêtre. 

On installe à portée de main la télécommande, le gobelet d’eau, la sonnette, le téléphone, le journal.

Attention, on garde le sourire.

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Zut Mme G. a une gastro. Flut, Mr E. une entérite.

On les relave. On se rebouche le nez. On ferme le sac poubelle.

Certains résidents sont ensuite descendus au jardin d’hiver, d’autres restent dans leur chambre, d’autres encore se promènent à leur gré.

Vite, il faut débarrasser les petits déjeuners. Nettoyer les plateaux, faire tremper la vaisselle et descendre le chariot en cuisine. Sans oublier de cocher les différentes cases du dossier pour chaque résident. « A bu autant, a fait pipi, a une rougeur sous le sein droit, a mal au petit orteil, veut voir son médecin, est de mauvaise humeur, m’a griffé,  … « 

Ouf, une petite pause, il est 11 heures ! Le Bip sonne. Mme X est tombée, il faut la relever, Mme Y. doit faire pipi, il faut la conduire au toilette, Mme Z. a perdu ses lunettes, il faut fouiller la chambre. Grrr, la pause est finie.

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Elles dressent le restaurant, préparent les boissons et descendent en cuisine chercher les plateaux pour les résidents qui mangent en chambre, aux étages. Il faut vérifier que Mr D. a sa sauce à part, Mr G. une double ration. Mme P. veut de la purée, Mr Y. une omelette ! Attention, Mme K. est à l’hôpital, pas besoin de repas.  Et Mme O. a sa fille qui l’accompagne, « Un deuxième plateau s’il vous plait chef ». En même temps, il faut vérifier les différents menus : sans sucre, sans sel, sans sauce, plat régime, normal, coupé, moulu ou mixé. Qui boit de la bière, du coca, du jus, de l’eau ou du vin.

Pffff, quelle mémoire elles doivent avoir !!!

Et ce Bip qui sonne encore. Il faut relever Mme Vc. qui est tombée. Elles en profitent pour descendre au restaurant Mme Vh. qui erre dans les couloirs alors qu’elle doit manger au restaurant. Mr P. et arrivé trop tard aux toilettes … on le déshabille, on le change on le rhabille.  « Caramba, je suis en retard pour le service au restaurant. »

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Les résidents sont installés dans les deux salles.  Les AS commencent à servir les assiettes. Et rebelote : normal, coupé, mixé ou moulu. Purée, riz, pommes de terre. Sans sel, sans sucre, sans sauce. Bière, vin coca. Tout est important. Tout doit être connu, assimilé et retenu, au risque de provoquer un drame « Je voulais du poisson !», « Où est mon verre de bière !», « Pourquoi je n’ai pas la même chose que la voisine !»

On garde le sourire, on répond gentiment, poliment. On essaye.

Ca y est, le dessert est distribué, les aides-soignantes peuvent remonter les résidents pour la sieste ou pour le tour de change. Elles les portent, les poussent, les déshabillent, les lavent, les mettent sur le WC, les rhabillent,  les mettent au lit ou les descendent au jardin d’hiver pour les activités.

Le Bip continue de sonner. Cool, il est 15 heures, ce sera pour la collègue de l’après-midi !

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Alors bien sûr, toutes ne sont pas aimables, polies, gentilles et souriantes tout au long de la journée. Elles ont leurs propres tracas en plus de ceux du boulot. Le fiston a la grippe, le mari a perdu son boulot, la maman vient passer quelques jours à la maison et les factures s’amoncellent. La vie ne fait de cadeau à personne, la vie est dure.

Si elles travaillaient dans une usine avec des boites de conserve, ce ne serait pas grave qu’elles n’aient pas le sourire.

Si elles travaillent dans un super marché, ce ne serait pas grave si elles n’écoutent que d’une oreille les plaintes du client.

Si elles travaillent derrière un ordinateur, ce ne serait pas grave si elles sont tristes, tracassées, inquiètes ou en colère.

Mais en maison de repos, tout est grave. Tout est important, et personne ne leur fait de cadeau. Les résidents, les familles, le patron, … tout le monde est sur leur dos, tout le monde leur demande milles et une chose. Elles n’ont que deux bras, deux jambes et un petit cœur.

Alors la prochaine fois que vous en croisez une, … essayez de lui parler gentiment, essayez d’imaginer ce qu’elle a déjà fait aujourd’hui pour le bien être de votre parent, imaginez où ses mains ont déjà trainée, … . Et même si elle a rangé les chaussettes dans le mauvais tiroir, même si elle a oublié de poser le gobelet d’eau sur la table de nuit, même s’il n’y a pas de fourchette sur le plateau du repas, faites le lui remarquer gentiment et poliment. Elles méritent un respect incommensurable pour ce qu’elles font, et ce qu’elles sont prêtes à faire. Ne l’oubliez pas !

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