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Mr et Mme N sont un couple de fonctionnaires. Sans enfants et sans famille, ils se sont toujours débrouillés seuls et n’ont jamais cédés qu’à leurs propres envies et besoins.  Monsieur  est un dominant. Autoritaire, agressif et imposant, il vaut mieux ne pas se heurter à cette armoire à glace mal éduquée qui hausse le ton et insulte la première personne qui le dérangera. Madame, quant à elle, tente d’arrondir les angles. Mais n’étant pas totalement soumise, elle tient de temps en temps tête à son arrogant de mari, provoquant à l'occasion des disputes qui peuvent durer plusieurs jours voire plusieurs semaines. Puis, un jour, victime d’une hémorragie cérébrale, Madame se retrouve mal voyante et désorientée. Mr N. ne tient pas du tout d'avoir à sacrifier son bien-être pour son épouse et demande à ce qu’elle change de chambre le plus rapidement possible. Il ira même jusqu’à demander son euthanasie. Demande, bien évidemment irrecevable.

Mme N. se retrouve dans une nouvelle chambre, cherchant ses repères tout en  attendant une visite de son mari. Elle attendra plusieurs semaines. 

Actuellement, Monsieur N. vit sa vie principalement seul. Chaque vendredi midi, il sort dîner au restaurant. Toujours seul. Il lui arrive parfois d'amener son épouse aux activités en la prenant par la main ou par l’épaule. Pendant ces rares moments de retrouvailles, Mme N. profite renonce à ses inquiétudes pour simplement serrer très fort la main de son mari.

 

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Mr VK et Mme F. se sont quant à eux, rencontrés à la Résidence. Légèrement désorientés tous les deux, ils se sont concocté une petite vie amoureuse paisible et simple. Lui est un gentil bonhomme moustachu charmeur, elle, une nature gaie, riante et sociable. Malheureusement,  la démence évolue au fils des mois et chacun s’éloigne chaque jour un peu plus de la réalité. Mr se fait de plus en plus entreprenant, parfois jusqu’à des actes que madame ne semble plus cautionner.

A quel moment d’une démence, peut-on établir s’il y a encore ou non consentement du partenaire ? La question s’est posée.

Et nous avons dû veiller à ce qu’ils ne se voient plus que dans les pièces communes, restaurant, salles d’activités, véranda et jardin, afin de préserver madame des avances de plus en plus insistantes de son Don Juan.

 

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Mme C. et Mr J. se sont également rencontrés à la Résidence. Très vite ils sont devenus inséparables. Enfin, Madame surtout ! Monsieur, lui, charmeur désorienté, s’accomode en effet de n’importe quelle dame qui accepte un petit bisou de sa part. Au grand dam de sa dulcinée qui passe son temps à surveiller où il disparait et qui il tente de séduire. Elle le surveille pendant les repas, l’empêche de manger tranquillement au point qu’il en perd quelques kilos. Elle l’emmène avec lui partout : au jardin, dans la véranda, au salon, chez la coiffeuse, chez la kiné... Le pauvre bougre la suit difficilement, trainant le pas et faisant de gros efforts physiques pour lui emboîter le pas dans toutes ses activités. Afin d’être sûre et certaine de l’avoir pour elle seule, elle va jusqu’à le chercher après le couvre-feu dans sa chambre et le ramène chez elle pour passer la nuit. Le pauvre homme dort depuis peu dans le canapé, madame n’acceptant plus ses petits accidents urinaires nocturnes dans ses draps tous propres. Finalement, nous avons convaincu les deux familles, fortement réticentes à la base, de les regrouper dans une même chambre afin de procurer un plus grand confort de vie et de nuit à Mr J. L’argument de poids fut … que la chambre double est moins chère qu’une chambre seule !

 

"Embraced by love" 

"Au coeur de la vage" de Marie 19