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En maison de repos, on croise des célibataires endurcies, des veuves éplorées ou soulagées, de très rares divorcés et des « amoureux » des premiers … et/ou derniers jours.

Qu’ils se soient rencontrés il y a plus de 60 ans, mariés en secondes noces, ou découverts il y a juste 4 mois, divers amoureux arpentent les couloirs de notre Résidence.

 

0_51562700_201234793545_IMG_3039Il y a le couple M., du premier étage. Inséparables, ils ont décoré leur chambre de meubles d’époque et de tableaux peints par Monsieur. Ils ne sortent de leur havre de paix que pour raccompagner leurs enfants à l’entrée ou pour signifier un malentendu avec un autre résident. Discrets et calmes, ce sont de vrais petits résidents « modèles ». Pas une dispute ne vient perturber leur paisible quotidien. Une hémorragie cérébrale les avait contraints à entrer chez nous il y a 4 ans, alors qu’ils entamaient la septantaine. Aujourd’hui, tout va pour le mieux du monde, … et ils retournent vivre dans un appartement à la fin du mois.  

coeur_brise_2Il n’en va pas de même avec Mr et Mme B. Ces deux là se chamaillent constamment.  Madame présente une démence avancée que Monsieur n’admet et ne comprend pas. S’en suivent disputes, colères et … réactions violentes. Monsieur vire au « rouge écrevisse » dés que sa moitié émet des propos incohérents, ou commet une petite fantaisie. D’une grande sensibilité et les nerfs à fleur de peau, il n’arrive plus, au fil des mois, à maîtriser son impulsivité et devient de plus en plus agressif envers elle. Il faut cependant préciser, que Madame n’a pas sa langue dans sa poche et n’a manifestement jamais eu coeur_brise_2l’habitude de se faire mener par le bout du nez par son époux. Peu ou pas de doute sur l’identité du « chef » de ménage, tout au long de leurs cinquante-six ans de mariage ! Malheureusement, l’agressivité et la brusquerie augmentant, nous avons dû les séparer de chambre dans un premier temps, puis finalement de Résidence. Madame est partie dans une maison spécialisée,  et Mr B., … s’est réconforté dans les bras d‘une voisine farfelue, et rigolote, qui est, depuis, aux petits soins avec lui.

 

DSCN0647Mme V, quant à elle vient de perdre son mari. 65 ans de mariage, pas d’enfants, une vie d’aventures, de voyages, et d’accidents ont fait de ce couple un modèle de tendresse. Toujours main dans la main, madame V.  s’est occupée de manière totalement dévouée, de son mari pendant toutes les années que durèrent sa maladie. D’une nature souriante, douce et calme, elle a toujours relativisé la fatigue ou la souffrance que cela engendrait chez elle. Jusqu’au jour où son époux a sombré dans un état comateux. La douleur de le voir ainsi s’éterniser dans un état végétatif lui fit espérer sa mort. C’est donc avec soulagement qu’elle apprit un matin celle-ci et, qu’elle put, elle qui avait, petit à petit, fait le deuil de son époux tout au long de ces mois de maladies, recommencer à vivre seule, sereinement. Tristement, …  mais sereinement.  

3229150_collage_avec_coeur_des_oeuvres_d_39_art_des_oeuvres_d_39_art_est_cree_et_peint_par_moi_memeMr T., 93 ans, vit seul à la Résidence. Sa jeune « moitié » de 75 ans, épousée en secondes noces, vient le voir tous les jours et lui apporte gâteaux, biscuits et boissons afin de l’aider à passer l’après-midi plus rapidement. Mr T. ne parle et ne marche pas. Il est néanmoins terriblement expressif, et, il faut bien le dire, généralement de mauvaise humeur. Les sourcils crispés en position oblique. Mr T. a déjà pulvérisé deux télévisions dans sa chambre. De colère. Colère de ne pouvoir se déplacer. Colère de ne pouvoir s’exprimer et colère de rester à la Résidence alors que sa « jeune » épouse rentre chez eux. Celle-ci est une petite dame dynamique, svelte et souriante. Elle trottine sans difficultés, chaque soir, après le bus qui mettra une heure à la ramener chez elle. Elle accepte les frasques de son époux avec le sourire, et ne se fâche jamais contre lui. Chaque fin d’après-midi, elle use de ruses et de subterfuges pour quitter la Résidence sans réveiller ce sentiment d’abandon  qui chagrine tant son mari au quotidien. Ils forment le Ying et le Yang, deux opposés que seul l’amour pouvait réunir.

"Coeur" de Bettina Maschmeyer

"Coeur violet" de Sophie Costa

"Coeur" de Andrea Haase